Je veux juste en finir de Charlie Kauffman (Netflix)


Un film en quatre actes, comme autant de genres, de casquettes, de films aussi. Une odyssée métaphysique et mémorielle, qui débute par un voyage en voiture, huis-clos dans lequel Kauffman nous surprend, surpassant soudain le scénariste verbeux et un brin affecté qu’on connaissait, pour devenir un cinéaste à part entière, un grand, avec un travail passionnant et quasi-expérimental sur l’espace, soutenu par la photo spectrale et déréalisante de Lukasz Zal et la partition au cordeau de Jessie Buckley et Jesse Plemons, entre conversation badine et voix-off métaphysique, nous portant cahin-caha vers un hors champ qu’on trépigne de découvrir.

(Mary Cybulski / Netflix)

Ce hors-champ, la maison parentale, ce sera le deuxième acte. Un autre film, aux fausses pistes horrifiques et hommages plus ou moins distanciés (de Zemeckis – plus tard, amusant – à Lynch ou Ari Aster). Un film sur l’espace et la fiction que chaque plan transforme, emmène ailleurs, sans toujours transformer l’essai. Un film de scénariste, de cinéaste mais peut-être, avant toute, de monteur, aux effets parfois redondants et aux partitions plus outrées (David Thewlis et Toni Colette).

(Mary Cybulski / Netflix)

Dans le troisième et le quatrième acte, du long retour en voiture aux déambulations shiningiennes et psychiques dans le lycée, le scénariste Kauffman semble définitivement vouloir reprendre le dessus, ensevelissant le film, comme la neige la voiture, de références debordiennes et cassavetiennes (oui, on avait bien vu le livre de Pauline Kael dans la chambre, oui, on avait saisi la dimension féministe de la diatribe Mabel Rowlands, déjà plus une allusion depuis 5 minutes), pour soudain, dans la scène de comédie musicale désignant bruyamment les changements de genres, nous rappeler à ses dépens, combien chez Leos Carax, peut-être la véritable figure tutélaire et fantomatique du film, celui de Holy Motors pour le mélange des genres, mais aussi celui des années 80, du voyage solitaire autour de la chambre, des mondes parallèles, de ce sentiment de déjà-vu et de ce long rêve sans cesse revécu sans jamais le vivre, les citations n’étaient jamais plaquées, mais dialoguaient, dans un champ-contrechamp interdit à ses personnages, de manière organique, avec un film se déployant comme un poème et non comme un petit précis de philosophie situationniste.



Texte: Jérôme d’Estais




De Charlie Kaufman

Cinématographie : Lukasz Zal

Avec Jessie Buckley, Jesse Plemons, Toni Collette et David Thewlis

Nationalité U.S

Adaptation de : Je sens grandir ma peur



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